Les paroles et les actes de l’autre ne nous concernent pas en propre. « Ils lui appartiennent, parce qu’ils sont l’expression de ses propres croyances. » Vous êtes critiqué ? Ou encensé ? « C’est l’image que l’autre se fait de vous. Ce n’est pas vous. »
De même, les événements qui surviennent ne sont pas toujours des réponses à notre comportement. Selon Miguel Ruiz, nous devons sortir de cet égocentrisme qui nous fait croire que tout ce qui arrive autour de nous est une conséquence de notre attitude. Le « moi je » nous maintient dans l’illusion. Donc dans la souffrance.
Comment s’y prendre ? « prendre du recul ».
Ramener à soi ce qui appartient à l’autre déclenche inévitablement de la peur, de la colère ou de la tristesse, et une réaction de défense. L’objectif : laisser à l’autre la responsabilité de sa parole ou de ses actes et ne pas s’en mêler. Cela suffit souvent à calmer le jeu.
3) Ne faites aucune supposition.
Ayez le courage de poser des questions et d’exprimer vos vrais désirs. Communiquez clairement avec les autres pour éviter tristesse, malentendus et drames. À lui seul cet accord peut transformer votre vie.
« C’est un travers banal. Nous supposons, nous élaborons des hypothèses et nous finissons par y croire. » Un ami ne nous a pas dit bonjour ce matin, et nous imaginons qu’il nous en veut ! Selon Miguel, c’est un « poison émotionnel ».
Pour s’en libérer, il propose d’apprendre à mettre les choses à plat, par exemple en exprimant ses doutes. « Ce qui implique d’apprendre à écouter et d’être capable d’entendre ».
Comment s’y prendre ? Il s’agit de prendre conscience que nos suppositions sont des créations de notre pensée. Dès lors qu’une hypothèse devient une croyance (« Cet ami est fâché contre moi »), nous élaborons un comportement de pression (« Je ne l’aime plus non plus » ou « Je dois le convaincre de m’aimer à nouveau »), source d’angoisse et de stress.
4) Faites toujours de votre mieux.
Votre « mieux » change d’instant en instant, quelles que soient les circonstances, faites simplement de votre mieux et vous éviterez de vous juger, de vous culpabiliser et d’avoir des regrets.
« Cet accord découle des trois premiers. Lorsque vous en faites trop, vous vous videz de votre énergie et vous finissez par agir contre vous. Mais si vous en faites moins, vous vous exposez à la frustration, à la culpabilité et au regret. » Le but est de trouver le juste équilibre.
Comment s’y prendre ? Ce qui est juste pour soi ne dépend en aucun cas d’une norme. Pour Miguel Ruiz, certains jours, faire ce qu’il y a de mieux pour soi, c’est rester au lit. Dans tous les cas, « le pire piège est la course à la perfection ». L’un des moyens d’éviter ce travers est de remplacer nos « Je dois faire ceci » par des « Je peux faire ceci ». « Cela permet de s’approprier pleinement l’objectif à atteindre, sans se soucier du jugement et des attentes des autres ».
Adopter l’attitude «laisser être»
Adopter l’attitude «laisser être» consiste à accueillir ce qui arrive avec bienveillance.
Lorsqu’on pratique le yoga avec cette attitude, on évite d’avoir des attentes précises et de considérer l’exercice que l’on fait comme une performance à accomplir.
Quand une pensée nous distrait, ce qui arrive très souvent, on revient à notre pratique de yoga comme si de rien n’était. Quand on se rend compte qu’on voudrait «faire mieux», on prend conscience de ce désir, cette performance. Mais on ne fait rien – aucun effort pour «faire mieux», pas plus qu’on ne combat le désir d’y arriver : on revient simplement à notre pratique.
On est très permissif à l’égard de notre pensée du moment, mais on ne s’en occupe pas.
Les distractions, les émotions, les désirs arrivent; ce n’est ni bien ni mal, on les accueille le sans juger et on met à nouveau notre conscience vers notre respiration. On prend conscience de ce qui se présente, on revient à notre pratique, jusqu’à la prochaine «escapade» de notre mental.
On pourra plus tard examiner ce qui est cause des pensées et agir de façon à le solutionner, si on le juge nécessaire. Par exemple, si ce sont des idées concernant l’emploi, des choses en retard ou des problèmes amoureux qui reviennent pendant qu’on est présent à notre respiration ou à notre posture de yoga, on saura qu’on a des choses à explorer et des décisions à prendre.
Pendant l’exercice, on ne mesure rien, on n’évalue rien, on ne critique rien.
On observe ce qui se passe dans notre monde mental avec un esprit neutre et quand un esprit ne peut pas rester neutre, on observe avec notre esprit neutre que notre esprit n’a pas pu rester neutre !
On est en congé. Pendant l’exercice, on observe ce qui se passe comme on regardera couler l’eau de la rivière, sans penser que cela pourrait être autrement. On prend conscience de ce qui se passe, sans juger, on laisse être.
On «laisse être», non pas comme celui qui laisse son prochain dans la misère, mais comme le bouton qui devient une fleur, qui se transforme en laissant les choses se produire plutôt qu’en s’efforçant d’arriver à quelque chose de précis.
Dans la vie de tous les jours, cette attitude ne mène ni à la passivité ni à l’indifférence : elle permet un recul. Laisser être n’est pas laisser faire.
On peut laisser être la frustration d’un enfant à qui on refuse une faveur, mais on ne le laisse pas frapper son frère pour se défouler.
On laisse être le désir de tout laisser tomber, on lui permet d’exister, mais, quand il est passé, on reprend nos responsabilités, quitte à voir comment on pourrait alléger notre fardeau.
On laisse être le désir de recommencer à fumer, plutôt que d’en combattre l’apparition, mais on tient bon dans nos choix de santé et on ne cède pas.
On laisse être les désirs et les émotions, on accepte qu’ils nous habitent mais on ne se soumet pas à ce qu’ils pourraient nous imposer comme action dans l’immédiat.
Pendant qu’on dirige notre conscience vers notre respiration par exemple, de nombreux conférenciers viennent faire la causerie ou leur propagande dans notre cerveau. Ou bien des films qui passent dans notre tête et nous montrent un avenir sombre ou heureux, ou nous rappellent un passé parfois joyeux parfois douloureux.
On accueille leurs propos ou leurs scénarios, sans les chasser. On prend simplement conscience de ce qu’on a en tête : on ne le combat pas, on ne se fait pas une obligation de rester concentré, on se repose plutôt en jouant à ramener encore et encore notre attention à notre pratique.
Ainsi, on est «spacieux», on fait de la place à tout ce qui nous habite. Plus cet espace intérieur est grand, moins ce qui s’y trouve est dérangeant. N’étant pas refoulées, toutes nos pensées et nos émotions peuvent aller au bout de leur course et, éventuellement, s’éteindre d’elles-mêmes. Et si elles reviennent, ce ne sera pas grave, puisqu’on aura beaucoup d’espace pour les accueillir. On ne sera donc pas envahi et on pourra ramener notre attention sur notre pratique. Ce n’est pas tant ce à quoi on pense qui nous stresse que la façon dont on l’aborde. La création d’un grand espace intérieur, grâce à l’attitude «laisser être», permet de se détendre non seulement malgré toutes sortes de pensées, mais avec tout ce qui se passe en nous.
Si on ne développe pas l’attitude «laisser être», ce qui se passe pendant la pratique de yoga risque de nous stresser. On tente en effet souvent de se relaxer ou se calmer, pour chasser la tension que l’on ressent. Or, on n’arrive ni à penser à rien ni à rester concentré sur notre respiration ou sur notre posture.
Constamment on pense à ce qui nous préoccupe !
La tentation est de se fâcher, de se dévaloriser, de penser avec acharnement qu’il ne faut pas penser ! On tourne en rond : on s’énerve pendant la pratique ! L’attitude «laisser être» permet au contraire de revenir tout simplement à notre pratique. Elle permet d’assister comme un observateur bienveillant à ce qui se passe dans notre monde mental, sans lutter. On est présent à notre vie intérieure sans espérer qu’elle soit autre chose que ce qu’elle est, même si la consigne voulant qu’on revienne constamment à notre respiration ou à autre chose pourrait faire croire qu’il faut rester concentré.
Le désir de performance déclenche la réaction de stress : vouloir, c’est être tendu. Plus on veut activement se détendre, moins on y parvient, tout comme plus on s’efforce de dormir moins on s’endort.
Il consiste plutôt à mettre l’attention â être précis dans la préparation des postures, à prendre conscience des muscles, ceux que l’on va étirer indépendamment de ceux que l’on va contracter, à entrer lentement dans la posture, à chercher le point exact où on sent un bon étirement mais dans lequel le corps peut se relâcher dans l’effort et à quitter lentement les postures et sentir les muscles qui reprennent l’élasticité normal.
Quand on vise la performance, on s’évalue, on se juge, est satisfait ou frustré, on s’efforce de faire mieux : toutes ces attitudes augmentent le stress, empêche l’abandon dans les postures. On néglige ainsi ce qui se passe ici et maintenant pour se stresser avec ce qui a été ou ce que sera, avec ce qu’on pense qui aurait dû être au qui devrait être.
Cette attitude peut-être la plus difficile à intégrer, car on se dit:
– «Est-ce que je fais comme il faut ? Il ne faut pas que me trompe.»
– «Comment se fait-il que je ne sens pas l’énergie.»
– «Je le savais bien que je ne serais pas capable.»
– «Arrête de penser au travail ! Relaxe, bon Dieu!»
– «Les autres personnes du groupe réussissent sans doute mieux que moi.»
– «Cette fois-ci, il faut que ça marche!»
Tout ce qui arrive pendant la pratique de yoga est bienvenu, normal, correct : on ne peut pas se tromper. On peut tout accueillir avec bienveillance, notamment les si fréquents vagabondages de notre pensée. Ce n’est pas tant la qualité de la concentration qui compte que l’abandon dans les postures. C’est en laissant les événements intérieurs et extérieurs survenir sans s’offusquer qu’on s’abandonne, sachant qu’on fait toujours le meilleur exercice qu’on peut faire, et en l’acceptant. Le reste ne nous appartient pas. Tout se passe ici, maintenant, ainsi : on ne peut faire ni mieux, ni pire.
Où que l’on soit, il y a toujours quelque chose qui occupe notre esprit. Un sentiment de curiosité par rapport à l’exercice qui va être proposé, une hésitation entre continuer ou faire autre chose, une sensation de faim ou de soif, un souvenir. Ces pensées qui nous arrivent peuvent traverser notre esprit en une fraction de seconde, ou y rester pendant plusieurs minutes. Elles peuvent revenir fréquemment, tout comme elles peuvent disparaître comme elles sont venues.
Ce qui nous stresse, c’est qu’on prend pour de l’argent comptant ce que pense notre mental, alors que le contenu même de ces pensées est très variable et souvent contradictoire. Ce qui est triste un jour devient plus neutre le lendemain, ce qui apparaît prioritaire sinon incontournable à un moment donné devient accessoire quelques heures plus tard.
Il est très intéressant d’apprendre à voir nos pensées comme des événements, choses passagères qui nous arrivent souvent, plutôt que comme des reflets exacts d’une réalité objective ou de la vérité. On se donne ainsi une marge de manœuvre par rapport à nos pensées et on ne les laisse pas nous envahir au point on se croit obligé de poser les gestes qu’elles commandent, ou d’amplifier les émotions qu’elles inspirent dès qu’elles apparaissent.
Il y a moins de drames, d’urgences et de besoins essentiels dans notre vie que ce que nos pensées nous portent à croire. C’est souvent parce que le drame est déjà dans notre tête que les émotions apparaissent dramatiques quand on est de bonne humeur, les mêmes émotions prennent tout à coup une autre couleur. Quand on est détendu, les choses deviennent moins pressantes, ce qui n’empêche évidemment pas d’agir.
Il est d’ailleurs bon d’apprendre à poser des gestes concrets pour se donner une vie plus saine bien avant que les situations ne deviennent dramatiques. Si on reste en contact avec soi et si on s’occupe de notre vie au jour le jour, on vit plus harmonieusement que si on se laisse emporter dans la dégringolade jusqu’au point où il faut absolument changer des choses parce que ça ne peut plus attendre.
Quand on prend régulièrement du temps d’être pleinement présent avec ce qui est (par exemple en méditant), on sait mieux où on en est : il est alors plus facile, de poser les bons gestes au bon moment, tout en développant une plus grande acceptation de la vie telle qu’elle est. Au début, C’est un peu difficile, mais c’est une habileté qu’on peut acquérir peu.
Voici quelques autres suggestions pour adapter l’attitude « laisser être » :
Réveil. S’étirer doucement, longuement, ou faire quelques respirations profondes.
Lever. Faire une salutation au soleil. Dire bonjour consciemment.
Repas du matin. Expérimenter le petit-déjeuner sans la radio ou la télévision. Manger et boire consciemment, en étant présent aux sensations gustatives et olfactives.
Toilette. Être présent sous la douche ou dans son bain. Se laver lentement, mettre la crème consciemment… .
Transport. Si on se déplace en voiture, utiliser les feux rouges et les «bêtises» des autres conducteurs pour détendre mâchoire et bras, ou pour respirer profondément en se suggérant : «Maintenant, je profite des moments d’attente pour me détendre». Se déplacer le plus souvent possible à pied, pour être dehors, ou réserver au moins une vingtaine de minutes, trois ou quatre fois par semaine pour marcher dehors. On marche en «étant présent» ou en étant conscient de la respiration, conscient du pied qui touche parterre…
Il y a des embûches à la pratique régulière et durable des stratégies d’harmonisation intérieure :
La pratique nous vole du temps. Allons-nous pratiquer le yoga ou accomplir l’une des millions de tâches qui nous attendent ?
La pratique ne cadre pas avec le reste de notre vie. Où et quand pratiquer au travail, en visite, à la maison, quand personne d’autre ne le fait ?
La pratique n’est pas très intéressante, du moins au début. On ne ressent pas nécessairement beaucoup de bénéfices, on ne sait pas encore quoi faire des idées qui viennent sans cesse troubler notre concentration.
La pratique dérange les habitudes et le programme quotidien. Comment faire notre période de pratique de fin d’après-midi quand il faut aller chercher les enfants à la garderie ?
La pratique suppose des modifications concrètes qui contrarient les autres. Comment dire à notre belle-sœur qu’on veut se retirer dans une pièce tranquille en visite chez elle pour trois jours, on n’a pas encore pris le temps de faire notre pratique ? Comment va réagir notre conjoint(e) si on le fait ?
Devant toutes ces difficultés, on se sent parfois coincé par le fait de devoir faire des exercices. plutôt que d’être heureux de pratiquer le yoga : alors qu’elle pourrait faire partie d’un ensemble de solutions qui nous aident à mieux vivre.
Conclusion :
Que l’on s’assoie pour faire notre de méditation quotidienne ou que l’on pense à respirer profondément, on pose un geste de santé : on suspend l’action, on tourne notre conscience vers l’intérieur et on relâche la tension. Dans cet espace temporairement libéré de la pression d’agir, notre organisme trouve des conditions propices pour rétablir son équilibre. Le stress ce sont les fonctions d’adaptation aux exigences extérieures (ou à ce que l’on perçoit comme tel).
Le bénéfice que procure un exercice peut, par exemple, être si minime qu’on ne le ressent pas vraiment, et si on fait des exercices dans le but de nous rendre insensible à ce qui nous bouleverse, on fait sûrement fausse route : on ne se libère pas de notre tension en étouffant nos émotions sous une carapace de pseudo-indifférence ! Il faut au contraire accepter de s’ouvrir à notre monde intérieur. La pratique aide à ressentir davantage ce qui se passe en nous, et non à mieux le fuir ou à mieux le «contrôler».
Les attitudes qui prévalent dans la pratique nous permettent cependant d’aborder calmement ce qui nous habite. Si on est ouvert, si on «laisse être», si on ne juge pas, alors nos pensées, nos sensations, nos émotions, nos intuitions, nos aversions ou nos désirs perdent une bonne partie de ce pouvoir déstabilisateur qu’on leur donne quand on les laisse nous envahir.
En voyant mieux nos propres contradictions, en étant à même de constater à quel point l’intensité de nos désirs varie selon les heures ou, encore, comment un même événement suscite des émotions bien différentes selon les jours.
On dégage mieux notre propre personne de nos pensées, de nos mouvements émotionnels, de nos désirs et de nos peurs du moment : beaucoup de choses auxquelles on se contraignait par habitude ou par peur deviennent moins urgentes.
On se consacre davantage à ce qui est important, tout en se permettant davantage d’être qui on est et de vivre en paix même si tout n’est pas encore parfait.
Ces changements ne se produisent pas par magie : ils sont le résultat d’un intérêt pour la santé, pour le bien-être psychologique et pour la paix intérieure, auxquels on consacre enfin du temps.
D’un côté, en pratiquant le yoga, on diminue cette tension qui rend malade et on prend mieux conscience de tout ce nous habite. De l’autre côté, on s’occupe activement de notre vie, davantage en accord avec ce qu’on ressent à l’intérieur de nous comme étant notre direction. Plutôt qu’en continuant à faire comme tout le monde. C’est-à-dire comme tous ces gens de bonne volonté, mais combien tristes, anxieux, pressés et fatigués, que l’on voit chaque jour dans la rue et qu’on risque fort de rencontrer chez le médecin.
C’est donc pas uniquement en trouvant enfin la meilleures posture, la meilleure technique de respiration qu’on retrouve l’équilibre et l’harmonie – qu’en changeant peu à peu des attitudes et un mode de vie qui ne peuvent faire autrement que de nous perturber.